Le Wild Wild West en Harley Davidson

Jour10 : Jackson - Salt Lake City

Jackson : Départ avec regret de cette ville, car finalement, elle était sympa avec ses boutiques d'arts et son allure sportive de station montagnarde. L’hôtel n'était pas mal non plus, à part peut-être le petit déjeuner relativement pauvre. Et puis ce soir, avec regret, nous rendrons les motos.

Nouvelle petite séance de photos souvenirs, puis la route. Plein sud, en longeant la Snake River. Encore un relent d’aventure lorsqu’elle plonge dans des gorges creusées sur la Munger Mountain. En quittant Jackson, nous avons laissé à l’ouest, le gros bourg de South Park, au cœur d’une large plaine alluviale ponctuée d’innombrables lacs et de marais. Les reliefs barrent l’horizon. Nous nous enfonçons dans une échancrure.

La forêt dévale les pentes rocheuses qui nous dominent sans nous écraser. En contrebas, la Salt River que nous longeons et qui attire nos regards admiratifs. Les derniers kilomètres de pur plaisir au volant de nos Harley. L’horizon petit à petit s’élargit, nous approchons inéluctablement du fond des gorges dans une longue vallée bordée de part et d’autre de montagnes. Au centre, un lac sur les rives duquel est bâtie la petite ville d’Alpine. La bourgade porte bien son nom évoquant pour nous autres, français, un décor bien précis et dont je ne suis pas certain que les habitants apprécient le bien fondé et la subtilité. Les lieux forment un vaste nœud d’échange naturel ; point de rencontre du minéral, du végétal et des eaux, pépinière de vies. La « salt river » que nous venons de suivre se jette ici dans le « palisades réservoir ». Il s’agit d’un lac de barrage à la frontière de l’Idaho et du Wyoming, dont l’eau irrigue toute la région. Sur la gauche, l’embouchure d’une autre rivière, la « greyx river » que nous traversons, se jette dans un large confluent qu’elle forme avec la Salt river. Nous nous arrêtons au cœur de ce petit bourg coincé entre le lac, la rivière et les montagnes ne serait-ce que pour jeter un œil sur un établissement consacré aux bikers, le Bull Moose Saloon. Bof.

Nous repartons. En reprenant la poursuite des eaux de la salt River, elle nous entraîne sur un groupe de fermes disséminées sur de vastes prairies peu urbanisées, Etna. Colonisé en 1875 par Valison et Alma C. Tanner, l’endroit portait le nom de « West Fork of Grouse Creek » (la fourche de l’ouest du ruisseau de la grouse). Les gens du cru racontent que le site est particulièrement apprécié des… fantômes ! Nous ne demandons pas à vérifier la chose et filons tout droit sur la route. Après réflexion, cette réputation est peut-être l’un des meilleurs moyens pour repousser les visiteurs et conserver la douce quiétude qui semble régner en maître absolu par ici. Du moins en cette saison. L’hiver y est particulièrement rigoureux et ici, le blizzard reprend des forces sur ses larges à-plats et en chasse sans coup férir les malheureux fantômes sans domicile fixe.

Avant de replonger dans les gorges creusées par la Salt-River, rivière qui tire son nom des nombreuses sources d'eau salée qui alimentent ses nombreux affluents, nous atteignons Thayne. Un bourg paumé, mais qui se flatte de posséder une communauté particulièrement patriotique, affirmant posséder l’une des meilleures parades qu’organisent toutes les cités américaines lors de la fête nationale du 4 juillet. Thayne a été construit au cœur d’une région habitée par les nations indiennes Blackfoot, Crow, et Snake. L’histoire de ce coin quelque peu oublié est toutefois connue grâce à un trappeur nommé Osborne Russell qui en parle dans ses mémoires "Journal of a Trapper". Il a campé plusieurs jours dans les environs, cherchant parmi les massifs de sauges et les congères de neige des surfaces planes et sèches pour son campement. Il raconte notamment que la neige était si fort gelée qu'un cheval au galop laissait à peine quelques traces alors qu’on était en avril. Il chassait le castor et vécut quelques jours au cœur d’une tribu snake. Il tua également un grizzly qui sortait juste de son sommeil hivernal. Il fut surtout subjugué par « la splendeur sauvage et romantique » des lieux. Ouais, je veux bien, peut-être qu’à cette époque…

 

L’un des premiers colons de ce village, du nom de Lindberg, est devenu célèbre – et millionnaire – en inventant la balance à échelle de Dayton, dont certaines, les plus anciennes, étaient très belles.

 

Le patelin suivant, Grover, un tout aussi petit village possède un cénotaphe rendant hommage aux soldats tués lors des 2 conflits mondiaux. S’il y a une bonne dizaine de noms pour la Grande Guerre, c’est près d’une cinquantaine qui sont tombés lors de la seconde. Une proportion inversée comparée à celle de nos monuments aux morts.
Puis de nouveau la route au cœur des pâturages qui bordent cette route rectiligne et ennuyeuse… Seule surprise, la petite ville d’Afton dont, à l’exemple de Jackson, on ne peut rater l’entrée, ornée d’une arche composée d’un entrelacement d’une multitude de bois de wapiti. Plus loin, une autre arche supporte un combat de ces énormes cerfs...

Nous sommes à présent sur un plateau, sur lequel la Salt River se prélasse. Puis nous traversons de nouveau des gorges. La route file vers le sud. Nous longeons bientôt l’Idaho et alors que la route tend à bifurquer vers l’est, peu avant de pénétrer dans cet état, nous quittons la highway 30 pour remonter au nord sur la 89. Bientôt, c’est elle qui établit la frontière des deux états, avant de changer de nom et devenir la 61 lorsque nous passons en Idaho. Peu de temps après, nous retombons sur la 89, sauf qu’il s’agit de la highway 89 (en Arizona) de l’Idaho et non celle du Wyoming que nous avons laissée plus au sud… Faut s’accrocher. Le seul avantage du découpage des états dans ce coin des USA, c’est que dès que l’on tourne vers l’est ou l’ouest, on sait d’avance dans quel état on va entrer.

 
 L’US 30 nous amène à Cokeville où nous nous arrêtons pour déjeuner. Nouveaux sandwichs américains et coke. Cokeville, pompeusement dénommée, avec humour j’espère, la «capitale des moutons du monde". Le patelin - mais est-ce bien le même car les Cokeville pullulent aux states - est connu pour une célèbre prise d’otages. 6 mois après avoir été élu marshal, David Young avait été licencié pour inconduite. L’histoire n’en donne pas les motifs précis. L’homme et son épouse avaientt alors déménagé à Tucson. 7 ans plus tard, le 16 mai 1986, il était revenu avec son épouse, Doris, à Cokeville pour prendre d’assaut l’école, armés tous deux jusqu’aux dents ; 4 fusils, des colts et une bombe artisanale. L’homme proclamait :

 

-        This is a revolution This school is being taken hostage Don't push any alarms, answer any phones, or call for help. I have guns and this is a bomb. You and I are only one-half inch from death.

 

Manifestement exalté, il présentait, en secouant sa main, un manuel intitulé « Zero Infinity ». Pendant ce temps, son épouse regroupait les enfants et les enseignants. Quand ils furent tous réunis dans une classe, Young attacha la bombe à son poignet et ânonna à un parlementaire qu’il réclamait 2 millions de dollars par otage et une entrevue avec R. Reagan, alors Président des Etats-Unis. L’école était cernée par la police et toute la population de la ville. Doris tentait d’occuper les enfants mais les négociations s’éternisèrent. Alors que Young était allé se soulager aux WC, Doris, par inadvertance sans doute, fit sauter la bombe. Sous l’explosion, elle s’écroula au sol. Les enseignants, aussitôt, poussèrent les enfants, blessés ou saufs, par les fenêtres, soufflées par l’explosion. Young accourut dans la classe et devant le chaos, tira sur sa femme puis sur un professeur. Dehors, les parents, bousculant le cordon de police, accourraient affolés. Plus de 70 enfants étaient blessés, par brûlures ou par éclats. Young de son côté retournait aux toilettes et se tirait une balle dans la tête… Une histoire qui ne serait qu’un fait divers ordinaire pour ce pays si ce n’est que nous sommes au cœur d’une communauté mormone. De nombreux enfants annoncèrent avoir vu des anges au dessus de leurs têtes pendant le drame. Certains affirmèrent avoir vu une «belle dame», qui leur soufflait de se mettre près des fenêtres. L’histoire fut aussitôt reprise par les medias. Les époux Hartt Partridge et Judene Wixom tirèrent de l’histoire le livre “When Angels Intervene to Save the Children”. CBS l’utilisa pour un film TV en l’intitulant “To Save the Children”. Des documentaires comme “Unexplained Mysteries”  utilisèrent ce fait divers. La célèbre émission TV “Unsolved Mysteries” lui consacra un numéro. Une fondation “Cokeville Miracle Foundation” fut même créée ! Ce n’est pas le monde du sabre et du goupillon mais plutôt celui du fric et du goupillon. Quoique je ne sais pas si les mormons utilisent le goupillon pour baptiser leurs enfants. Et à propos de Mormons, le restaurant ne servait pas d’alcool. Même pas de la bière au grand dam de Serge.

La route nous emmène maintenant sur Evanston. Cette ville fut fondée au cours de la construction du premier chemin de fer Transcontinental qui arriva dans la région au mois de novembre 1868. Harvey Booth avait choisi le lieu pour y ouvrir un saloon dans une tente près de ce qui est maintenant The Front Street. En Décembre les rails avaient atteint Evanston et le premier train est arrivé le 16 décembre. Harvey Booth se frottait les mains. Le froid glacial des hivers rigoureux qui sévissent en ces lieux n’était pas la seule cause de ce geste. Dans la ville, nous prenons l’Interstate 80 après avoir quitté définitivement le Wyoming.

L’Utah est, après le Colorado, le Dakota du sud, le Wyoming, le Montana et l’Idaho, le dernier état américain de notre périple. Nous traversons à toute allure, près de 90 miles à l’heure, l’un des nombreux méandres de la Bear River, indéniablement associée au massacre communément appelé “Battle of Bear River”, mais que d’aucuns nomment, plus explicitement “the Bear River Massacre”. Le lieu de l’affrontement entre indiens prétendument sauvages et l’armée américaine prétendument civilisée se situe toutefois bien plus au nord, dans l’Idaho, près de Preston. Un haut lieu de l’horreur et de la boucherie abominable de l’armée américaine[1].

Arrivée au nord du lac, la Highway 80 bifurque sur la droite, s’enfonçant au creux d’Echo Canyon. La route recouvre le sentier que les pionniers mormons y avaient tracé et que, plus tard, la Légion de Nauvoo fortifiera aux plus étroits passages afin de bloquer l'armée US du général Blunder Buchanan venue combattre les mormons au cours de ce que l’histoire appela l’Utah War. Une guerre qui n’en fut pas une, quelques escarmouches, une tactique de terre brûlée et relativement peu de victimes… Nous passons un site nommé Wahsatch. Camp de manutention de l’Union Pacific, il fut nommé en l’honneur du chef indien des shoshones installés ici et qui entretenait d’excellentes relations avec les Blancs.

 

Peu avant Coalville, nous longeons l’Echo lake. En hiver, les pêcheurs du coin creusent la glace pour y pêcher. Les villes et villages ont poussé sur l’emplacement de ce qui fut une station d’approvisionnement pour les immigrants ou quelques fermes que des pionniers avaient bâties de leurs mains. Ici, ils avaient pour noms William Henderson Smith, Andrew Williams et Leonard Phillips. Peu après, Henry B. Wilde, Stalling Joseph, ​​Thomas B. Franklin et leurs familles les rejoignirent. A l’époque, cette nouvelle colonie avait été appelée Creek Chalk, mais après qu’un chasseur nommé Rhoades Thomas eut découvert du charbon à proximité, ce nom fut changé en Coalville. Les mormons surent exploiter cette nouvelle richesse qui approvisionna Salt Lake City en énergie.

 

Dés lors, jouant avec les vallées de la Porcupine Montain, l’interstate 80 accompagne la ligne de chemin de fer de l’Union Pacific. C’est sur cette voie de chemin de fer que Passepartout suivit « avec une vitesse de vingt milles à l’heure, un cours d’histoire mormone[2] ». Nous sommes dans les faubourgs de Salt Lake City, toujours aussi rapides, jouant avec la circulation automobile qui s’est enflée en quelques instants. Et quelques instants plus tard, nous arrivons tous à bon port, la concession Harley et l’adieu à nos bécanes.

Dès lors, et avant de monter dans l’avion de retour, c’est en bus que nous nous déplacerons. Je ne pense pas que cela plaise à beaucoup d’entre nous quoique l’air frais de sa climatisation nous réconforte un peu après cette journée éprouvante, chaleur, vent, lassitude, vitesse, circulation chargée de l‘interstate et pour couronner le tout, ce long moment d’inspection des motos sous le soleil. Une seule d’entre elles a subi une chute. Et bien entendu, le personnel Harley l’a constaté. Il est vrai qu’elle était quelque peu amochée. Rien de bien grave, mais 1000 dollars quand même de réparations.
La journée ne se terminera pas toutefois sur une note de dépit. Le restaurant de notre dernier soir aux US est un restaurant japonais qui, comme l’Amérique l’exige, a su s’adapter en transformant la gastronomie nippone en un spectacle granguignolesque pour touristes. L’officiant - car je ne peux par appeler cela un cuisinier – s’appelle, pour couronner le tout, Luis ! Et la cuisine au teppanyaki n’a rien à voir avec celle que l’on déguste au Japon, ou même à Paris. Mais c’est sympa. Cela nous détend. On se laisse aller, jouant avec Luis ou avec les autres tablées. En fin de compte, une superbe soirée.

Au retour, à l’hôtel, comme tous les soirs, j’ouvre l’ordinateur et consulte les messages du blog. Pas grand-chose. Je n’ai pas l’impression d’intéresser grand monde. Aussi, je remercie les quelques correspondants qui ont daigné laisser quelques mots : Valérie, Pascale, Rosine, Monique, Christine… Tiens donc, que des filles !

 

 
JOUR SUIVANT          JOUR PRECEDENT
 

 


[1] Pour plus d’informations, voir wikipedia
[2] « LE TOUR DU MONDE EN QUATRE-VINGTS JOURS » de Jules verne

 



Publié à 14:00, le 22/06/2012, Salt Lake City
Mots clefs :


Jour 9 : Yellowstone - Jackson


Yellowstone Lake. Adieu Yellowstone, direction plein sud. Après une journée de totale liberté, les contingences du voyage de groupe reprennent leurs droits ; long filin de machines roulant à la même vitesse, serpentant au gré de la route, respectant un ordre en quinconce, dans une parfaite harmonie, que saluent parfois les véhicules d'un coup de klaxon, ou les piétons d'un salut joyeux de la main.

Nous longeons le canyon de la Lewis River, sur une route fermée en hiver. On se demande d'ailleurs si le parc de Yellowstone est ouvert en cette saison tant les conditions d'accès doivent y être épouvantables. Je crois que oui, mais connaissant le sens que possèdent les américains dans l'exploitation commerciale de toute chose, j'ai du mal à croire qu'ils puissent se passer des ressources hivernales du Yellowstone.
Face à la route, nous apercevons entre les bordures forestières, le massif du Grand Téton qui barre l'horizon. Impressionnant.

Peu après, nous atteignons le Jackson Lake que nous allons longer sur sa rive orientale, admirant le massif des Tétons se refléter dans ses eaux.

Lorsque nous quittons l’US route 89 pour la Téton Park Road, à peu près au milieu du lac à hauteur du barrage d'où s'écoule la Snake River, nous faisons peur à une horde de biches qui, affolées, vont traverser la route devant nous.

Sur cette route qui ne possède qu'une seule sortie, les motos s'égaillent au rythme de chacun. Nous avons rendez-vous à la sortie pour déjeuner. D'ici là, chacun fait comme il l'entend. J'emprunte avec quelques comparses une petite route forestière qui, avec son revêtement tout neuf, semble avoir été ouverte à la circulation ces derniers jours. Nous profitons d'un petit parking pour faire une photo sur "fond de tétons", avec derrière nous, le mont Teewinot, le Grand téton, le Mont Owen, le mont Saint-John et le Pic Rockchuck.

Notre petite route nous mène jusqu'aux berges du petit String Lake puis au plus imposant Jenny Lake. Un écrin fabuleux pour une mise en valeur des différents pics, que l'on appelle ici le groupe des cathédrales. Entre chaque montagne, des canyons sans doute fabuleux, mais réservé aux marcheurs. Avec un peu de temps, il serait toutefois possible de faire le tour de ce nouveau lac qui s'étale devant nous, le Jenny lac. Cela prendrait deux bonnes heures. Cela me plairait bien. Mais non, ce n'est pas possible... Ah, contingences du voyage en groupe !


En quittant le lac, nous empruntons la vallée creusée par la Snake River dont le cours se perd en de multiples méandres, comme un écheveau de fils emmêlés. Nous nous éloignons du massif montagneux en plongeant dans une plaine couverte d'herbe rase et d'armoises. Nous passons par Moran dont le seul titre de gloire est de détenir les records de froid hivernal de l’état ;

L’US route 191 emprunte celles de la 89 et de la 26. A notre droite, la snake River se prélasse et sur l’autre versant apparaît le massif des Grands Tétons. Je ne suis pas impressionné par la forme des pics qui devraient, en théorie, me faire penser au bout des seins. 

Ce qui me fait penser que les trappeurs français qui ont donné ce nom aux montagnes devaient, soit n'avoir pas vu les seins d'une femme depuis belle lurette, soit n'avoir connu que des femmes quelque peu sous alimentées.  Je dois être blasé, peut-être à cause des Alpes et des Pyrénées. Ce qui m’amuse par contre c’est l’attribution du mot téton au pic mais également de trou aux vallées, preuve s'il en est qu'ils devaient être légèrement frustrés. Un truc qui ne doit étonner personne ici de la part de Français. 

A la sortie de la Téton Park road, nous nous arrêtons dans un restaurant qui propose quelques menus simples mais corrects en plein air. Une fois de plus, ils ne nous attendaient pas, malgré les coups de fils que Lorenzo avait passés la veille ou  l’encaissement des acomptes de réservation. Et on appelle le boss… qui n’en sait rien. Et qui appelle le proprio qui, bien sûr, n’est pas là. Et qui finalement donnera son feu vert par téléphone après conversation avec la France ! Entre temps, nous avons déjà commandé nos bières.

Le vent s'est levé et comme nous sommes dehors, il se fait bien sentir. J'ai peur pour nos plats en voyant qu'ils sont servis dans des assiettes plastiques. Et qu'en légumes, on n'a droit qu'à un choix, ships, ou plutôt "vol au vent"..; Rien de tel pour prendre son envol. Je laisse les copains et vais me réfugier auprès d'autres qui ont eu la bonne idée de choisir la tente. Le steak de bison est un régal. mais comme d'habitude, pas d'entrée, pas de fromages, pas de fruits, éventuellement un gâteau ou une glace. Et jamais d'ESPRESSO !!!! Le programme est connu et ne me convient toujours pas. Comme pour les boissons d'ailleurs ; que des trucs sucrés, du coca en général, jamais de jus de fruits nature. Reste l'eau, servie dans un récipient énorme, où il faut la chercher à la loupe au milieu de glaçons.

WITHOUT ICE AURA ETE LE LEITMOTIV DU VOYAGE

A la fin du repas, nous organisons une séance photo de toutes les motos alignées, pilotes et passagers près de leurs destriers. Souvenirs à préparer, le "ride" se termine...

Puis de nouveau la route pour rejoindre Jackson. Ville Western louchant côté Station hivernale. Incongru, près de nous au milieu de la vallée, un dôme solitaire, comme planté au milieu de nulle part, la Blacktail Butte. Arrivés à Jackson, comme il est tôt, dès l’installation à l’hôtel expédiée - ce qui ne nous empêche pas de constater le luxe des chambres - virée en ville pour jeter un œil dans les magasins, nombreux sur Main street. Début des achats souvenirs et autres dépenses inconsidérées.


L’occasion de boire aussi une bière au « one Million Dollar Cow-boy Bar ». le bistrot yankee à souhait ; le truc typique des bars américains qu’on ne voit que dans les films. Et bien, si, il existe. A Jackson. C’est grand comme une gare, sombre comme une grotte. Deux bars longs comme un guichet pôle-emploi, une piste de danse, une scène, lumières tamisées, tabourets en selle de cheval… La totale… Ca ne rend pas la bière meilleure, juste un peu plus chère.

Le soir, dîner dans un restaurant du même accabit. Photos de la conquête de l'ouest ou de parties de pêche mémorables, où l'on aligne les victimes , animaux en tous genre, ou poissons, enfilés sur des perches comme les perles d'un collier. les trophées de chasse - têtes empaillées mais aussi animaux entiers - au mur. Il est vrai qu’ici on dit assez fréquemment et on le porte même sur des tee-shirts : "Si Dieu, avait voulu qu'on soit végétarien, il aurait donné un goût meilleur aux brocolis". Le steak était énorme, la truite divine, le poulet incongru ! J'ai fait le mauvais choix.

Voilà, la dernière journée s'achève. Demain étape de ralliement, je vous en parlerai bien sûr. D'autant qu'une certaine Valérie veut sa dose de souvenirs au travers de mes écrits. Je peux lui faire ca. Mais on verra demain. Ah si, quand même, une petite anecdote historique, un peu comme tous les jours, pour agrémenter les quelques photos de la ville

Cette ville porte le nom d’un des premiers blancs à s’être aventuré dans le coin. Il s’appelait David Edward Jackson . Il était né en Virginie-Occidentale en 1790 et a passé le début de sa vie à l'ouest des Monts de Shenandoah. Jackson, comme tous les pionniers de cette époque était avant tout trappeur ce qui entrainait fatalement d’autres activités telles qu’explorateur et commerçant. Il a participé à la bataille de la Nouvelle Orléans lors de la guerre de 1812 .

Au printemps de 1822, il a répondu à une annonce parue dans le « Saint- Louis Enquirer » pour un travail de trappeur pour une compagnie de fourrure que détenait William Ashley. L’expédition remonta le Missouri vers les Montagnes Rocheuses. Il était payé 200 $ par an pour ses services. Alors que l’expédition était dans l'actuel Dakota du Sud , des guerriers Arikara attaquèrent l'expédition le 2 Juin 1823. L'armée américaine fut appelée à la rescousse et déboucha sur le premier conflit militaire entre les Etats-Unis et les indiens de l’ouest. En 1826, Jackson et deux autres trappeurs, Jedediah Smith et William Sublette , ont racheté la compagnie d’Ashley. Lors de l’hiver 1828-1829, Jackson hiberna avec la tribu des Flathead et explora la zone autour de ce qui est devenue le Jackson Hole.

En 1830, Jackson, Smith et Sublette revendirent leur compagnie à la société « Rocky Mountain Fur Company. ». Après le décès de son ami Jedidiah Smith, tué par des comanches, Jackson a quitté le Wyoming et fut embauché par la « Santa Fe Trail » pour travailler au Nouveau-Mexique en Juillet 1831. Il s'est ensuite rendu en Californie à la tête d’un troupeau de bétail. Il se lia à cette occasion avec un autre trappeur célèbre, Joseph Gale qui a épousé la sœur du célèbre Chef Joseph. Après quelques mois au Nouveau-Mesique, Jackson revint au Missouri, puis, malade, au Tennessee où il décèdera le 24 Décembre 1837.


"Au fait, petite info de dernière minute : nous quittons la France pour l'Espagne.
- comment ?
- Oui, bien sur ! Enfin, si nous revenons quelques 200 ans plus tôt.
- Qu'est-ce que tu nous racontes !
- La chaîne montagneuse du Wind River Range que nous venons de traverser formait la frontière entre les terres françaises, côté oriental et espagnoles côté occidental. Et tout comme aujourd'hui, entre les états américains, cette longue frontière était toute théorique. Il n'y avait pas de postes de douanes, seulement quelques forts et relais, et encore, bien rares et éparses. Regardes la carte, cela te donnera une idée".

A demain !

 

JOUR SUIVANT          JOUR PRECEDENT

 



Publié à 08:21, le 21/06/2012, Jackson
Mots clefs :


Jour 8 : Yellowstone


Yellowstone Lake. La plupart des sites célèbres du Yellowstone sont facilement accessibles, car une voie a été aménagée, le Grand Loop Road, une route circulaire de 240 km que nous allons emprunter tout au long des formations calcaires, de lacs bucoliques, de forêts profondes ou clairsemées par des incendies, de rivières furieuses, entre pics et gorges, parsemés de sources d'eau bouillante, de geysers et de suintements gazeux. Et bien entendu de bêtes sauvages.

Bison,

loup,

ours,

de nouveau des bisons

cerfs,

ou biche,

en vois-tu ? en voilà !

ou plus humbles

Tiens, encore un cerf !

Tiens, encore un loup !

Allez, changeons un peu... et un coyote (un renard pour Jacques, qui s'y connait)

Dès le départ, nous tombons sur quelques cerfs qui émergent à peine de leur torpeur nocturne. Puis nous filons assister à l'éruption programmée du célèbre Old Faithful.

Nous prenons soin d'acheter quelques victuailles pour nous arrêter, plus loin, seuls, au coeur des futaies de pins, là où probablement nous ne sommes pas autorisés de circuler et encore moins de rester. En fait, c'est plus la rencontre inopinée d'un ours que celle d'un ranger qui affole certains, ou plutôt certaines.

 
Nous remontons ensuite vers le nord afin de rencontrer le Mammoth hot Springs.
 
 
Mais trêve de blabla, comme promis hier, peu de baratin et beaucoup d'images.
 
 
Bon, j'arrête là, le temps de chargement des photos prend un temps phénoménal. Pour les manifestations sismiques, j'enrichirai cette page plus tard.
Et une petite dernière pour la nuit

 

On termine la journée sur une histoire comme l’Amérique les aime… et comme je les aime aussi.

Le premier homme blanc à pénétrer dans la région du Yellowstone fut un trappeur nommé John Colter. En 1807, après avoir participé très activement à l’expédition de Lewis et Clark dans les rocheuses, il décide de s’en séparer pour courir dans les étendues sauvages de cet Ouest sauvage à la recherche de castors. Il passera alors plusieurs mois dans ces lieux. Je vous raconte son histoire ici.

Portrait de John Colter par le peintre Gerry Metz spécialisé dans les vues supposées de la conquête d’une Amérique aujourd’hui disparue. Il a notamment publié un recueil sous le titre du « Voyage Improbable » relatant le voyage de Lewis et Clark. Pendant huit ans, Gerry Metz a parcouru la route suivie par l’expédition afin d’accumuler des références sensorielles et visuelles en vue de la réalisation de plus de 60 peintures et croquis que l’on retrouve dans cet ouvrage ; un livre décrivant leur voyage épique de Saint-Louis jusqu’au Pacifique et retour..

JOUR SUIVANT          JOUR PRECEDENT

 



Publié à 15:15, le 19/06/2012, Yellowstone Lake
Mots clefs :


Anecdote : de chasseur à gibier


Si un homme représente bien le Yellowstone, il ne peut s’agir que de John Colter.

En 1803, Lewis et Clark embauchent John Colter pour un salaire de 5,00 $ afin de servir comme guide et chasseur dans l’expédition qui va les faire traverser toute l’Amérique du nord.. Colter remplit parfaitement sa mission devenant l'un des meilleurs chasseurs et guides du groupe.

Alors que l'expédition est sur le retour en 1806, la petite troupe rencontre deux trappeurs nommés Forest Hancock et Joseph Dickson , qui se rendaient sur les rives de la Yellowstone. Colter est aussitôt intéressé et n’hésite pas longtemps avant se décider. Il veut reprendre sa vie de trappeur et les nouveaux territoires de chasse dont parlent les Hancock et Dickson semblent être prometteurs. De toute façon, qu’a-t-il à gagner dans le retour vers la civilisation qu’il a toujours fui. Il annonce sa décision à Lewis et Clarke qui le laissent quitter l’expédition. Quelques heures plus tard, les trois hommes prennent le chemin de la Yellostone. Nous sommes en août 1806 et c’est probablement à cette occasion qu’un homme blanc foula pour la première fois l’herbe du Yellowstone.

A Saint-Louis, les nouvelles rapportées par l’expédition Lewis et Clarke et tout particulièrement le fait que les Rocheuses regorgeaient d’animaux à fourrure, ont généré un réel engouement parmi les commerçants et les trappeurs qui y résident. Manuel Lisa, entrepreneur particulièrement avisé, est l’un d’eux. Il vient de constituer une société de traite de fourrure et est décidé de suivre la piste Lewis et Clark. Il quitte Saint-Louis à la tête de son groupe de trappeurs au printemps 1807. Ils sont une cinquantaine sur la route de nouveaux territoires de chasse, avec parmi eux des anciens de Lewis et Clark comme George Drouillard, John Potts, et Peter WiserColter. En cours de route, il rencontre Colter qui leur parle de la Big Horn river. Manuel Lisa, qui connaît son implication dans l’expédition de Lewis et Clark, voit aussitôt une opportunité pour sa compagnie dans l'enrôlement de cet homme. Colter accepte sans difficulté.

Arrivé dans le Montana, le groupe de trappeurs que mène Colter construit à la mi-novembre un campement d’hiver qu’il dénomme Fort Raymond à l’embouchure de la Big Horn et de la Yellowstone, à une courte distance de l'embouchure de la Bighorn River. John Colter et George Drouillard de leur côté sont allés à la rencontre des tribus crows afin de négocier des peaux. Drouillard vers l’ouest, et Colter vers le sud. Il y a parcourru plus de 500 miles à pied, armé d’un fusil, dans la neige au coeur de l’hiver. Avec l'aide de guides indiens, il a sans doute été le premier homme blanc à traverser les montagnes de Wind River, à parcourir la chaine des Tetons, à contempler le Jackson Hole et le lac Yellowstone. De retour à Fort Raymond au printemps de 1808, il a décrit les merveilles visuelles que lui avait offert Yellowstone et notamment ces merveilleux sites où la roche semble jouer avec les eaux et le feu. En dépit du scepticisme que souleva son extraordinaire expédition, Yellowstone fut rapidement surnommé du nom d’"enfer de Colter"
L’opération de Lisa fut largement couronnée de succès. Les peaux affluèrent au fort Raymond. Et Quand Lisa revint à Saint-Louis, tous les négociants en peaux se décidèrent à participer à l’opération. Une seconde expédition fut organisée. Elle comprenait 13 embarcations, au lieu de 2 pour la première qui remontèrent le Missouri au printemps 1811. Cette expédition fut celle qui établit la réelle prise de possession des Rocheuses. En quelques mois, plusieurs comptoirs furent construits, quadrillant le territoire riche en peaux et en différentes tribus affiliées au commerce de Lisa.
Carte des établissements de Lisa
Peu de temps plus tard, Colter se lance dans une nouvelle équipée avec un autre trappeur qu’il avait connu lors de l’expédition Lewis and Clark ; Il s’appelait John Potts et avait décidé de suivre Colter dans la région des Trois-Fourches, au Montana. La région était un territoire de chasse des Pieds-noirs ;.un peuple indien dont il fallait se méfier car ils détestaient les trappeurs. L’origine de la haine que les Pieds-noirs vouaient aux hommes blancs provenait d’un incident qui s’était déroulé lors de l’expédition de Lewis et Clark. Le capitaine Lewis avait tué sans sommation un de ces guerriers alors qu’il tentait, semblait-il, de voler des chevaux de l’expédition. Colter et Potts savaient cela. Ils prenaient donc leurs précautions pour éviter de se faire remarquer en posant leurs pièges le soir et en les relevant le matin avant de se cacher pour le reste de la journée. Toutefois, un matin, alors qu’ils nageaient dans leur canot sur un bras de rivière, ils entendirent quelques bruissements sur la rive.
- Indiens ! souffla alors Colter en faisant aussitôt le signe de nager vers l’arrière.
- Buffalo ! lui répondit Potts en continuant de pagailler.
Brutalement les indiens apparurent sur chaque rive.
Ils étaient des centaines. Colter et Potts, assis dans leur canot, leur pagaies à la main n’eurent pas le temps de prendre leurs armes que déjà des lances étaient pointées vers eux et des arcs bandés vers leur torse.
Un gierrier Pied noir par Karl Bodner
L’un des guerriers leur fit signe de s’approcher. Ne pouvant s’échapper, les deux hommes pagayèrent vers le rivage. Le canot vint s’échouer sur le rivage. Aussitôt un indien se saisit du fusil de Potts qui était posé à la proue. Colter , alors sauta hors du canot et le lui arracha des mains puis le tendit à Potts. Celui-ci alors dans un geste fou tira et tua le voleur, mais tomba aussitôt à terre, son corps criblé de flèches. Colter ne bougea pas. Les guerriers se saisirent alors des armes puis du paquetage des deux trappeurs. Ils détruisirent le canot et dévêtirent le cadavre de Potts. Enfin, ils obligèrent Colter à se déshabiller. Lorsque Colter fut nu, ils lui ordonèrent de partir et de courir. Colter connaissait cette coutume guerrière, la «chasse à l’homme. Mais en véritable homme des bois, Colter était un coureur très rapide et très endurant. De plus, il connaissait toutes les ruses des chasseurs pour se faufiler sans être vu et avancer dans le silence le plus total. Mais pour l’instant, il fallait courir avec à peine l’avantage d’une centaine de mètres au cœur d’une vaste prairie dénudée. Il savait toutefois qu’en se dirigeant vers le nord, il trouverait à six miles de là, les rives boisées de la rivière Jefferson. Il y courut de tout son souffle. Et petit à petit réussit à gagner du terrain sur ses poursuivants. Il parvint à distancer la majorité du groupe. Un seul guerrier parvenait à le suivre et même à gagner du terrain sur lui. Colter épuisé, décida finalement de lui faire face. Lorsque l'Indien surgit devant lui, une lance à la main, il lui assena un violent coup d’épaule, plus d’ailleurs pour échapper à la pointe mortelle que pour faire trébucher l’indien. Mais peu importait. Il se saisit de la lance que l’indien avait lâchée et la ficha dans sa poitrine. A son tour, Colter récupéra la tunique que le guerrier portait sur lui et reprit aussitôt sa fuite. Arrivé près de la rivière Jefferson, il entendit à nouveau le reste de la troupe des pieds-noirs. Il se précipita alors entre les arbres et les broussailles afin de les distancer à nouveau. Puis, un peu plus loin en aval, il plongea dans l’eau tumultueuse, trop épuisé pour continuer à courir, préférant profiter du courant pour s’éloigner quitte à se rompre le cou contre un rocher et mourir noyé.

La rivière l’emporta sur quelques miles comme un pantin désarticulé. Colter ne pensait qu’à se maintenir au milieu des flots, guidant son corps sur les eaux comme il menait son canot. Puis, elle se calma et le laissa essoufflé mais vivant sur une étendue plus large et calme que rompait au fond une île sur laquelle s’était échoué un amas de tronc d’arbres, enchevêtrés de bois flottés. Ce n’était pas un barrage de castors, c’était bien trop imposant. Mais les castors lui donnèrent une idée. Il s’en approcha puis plongea sous le tas de rondins, de branchages et de feuilles pourries qu’avait charriés la rivière. Il trouva finalement un interstice dans la masse végétale où il put sortir la tête pour respirer tout en restant caché. Il avait à peine repris son souffle qu’il entendit les cris des indiens qui fouillaient les rives de la rivière. Pendant des heures, les indiens s’acharnèrent à détruire le barrage, enfonçant leurs lances à travers les énormes bûches. L’une d’elle passa à quelques centimètres de son corps. Il ne bougea pas. Les indiens, découragés, tentèrent de mettre le feu à l’amas de bois, mais l’humidité qui l’imprégnait ne put l’alimenter. Après plusieurs heures d’attente, alors que les indiens semblaient avoir disparu, Colter, bien que frigorifié, ne bougeait toujours pas. Ses pieds nus, ensanglantés par la course, le faisaient horriblement souffrir. La faim le tenaillait. Il luttait pour ne pas se laisser couler dans l’eau glaciale, ses doigts crispés sur quelques troncs.

A la nuit déjà largement tombée, il se décida à sortir de sa cachette. Nageant lentement, en évitant de faire le moindre clapotis, il descendit la rivière jusqu’au petit matin. Il aborda alors une rive sur laquelle quelques taillis le cachèrent le temps qu’il reprenne quelques forces. Seul, nu, à la limite d’une hypothermie, Colter décida, là encore, de rester caché avant de reprendre la fuite. Le soleil lui apporta quelque réconfort et lui permit de se relever le soir tombé.
Pendant une dizaine de jours, Colter marcha pendant plus de 200 miles jusqu’au Fort Raymond avec seulement la tunique de l’indien mort pour se réchauffer et des racines et de l'écorce pour se nourrir. Arrivé devant la palissade du fort, il s’écroula à moitié mort, mais sauvé.
Cettte expérience ne fit pas renoncer Colter à cette vie d'aventures. Il signa un nouvel engagement pour une mission qu’organisa la « Missouri Fur Company » en 1810. Le groupe fut à nouveau attaqué par des guerriers Pieds-noirs. Colter se jurea alors ne plus tendre la corde de la chance et se promit de revenir à Saint- Louis s’il en sortait vivant. Ce qu’il fit à la fin de 1810, il avait été loin des hommes de son propre monde pendant près de six ans. Il a fourni des renseignements très précieux pour William Clark , qui établit les cartes des contrées que nous parcourrons. Il acheta finalement une ferme près de New Haven, dans le Montana. Là, il épousa une femme nommée Sally et le couple eut un fils. Cependant sa vie tranquille lui pesait. Il ne se sentait pas l’âme d’un fermier. Il rongea son frein pendant quelques mois jusqu’au début de 1812.
A cette époque, les États-Unis entraient en guerre contre la Grande-Bretagne. Colter en profita et s’enrôla le 3 mars. Combattant avec Nathan Boone, il décéda quelque semaines plus tard, le 7 mai de la même année, non pas sous le feu des soldats britanniques ou de leurs éclaireurs indiens mais, ironie de l’histoire, tout bêtement d’une jaunisse. Après sa mort, ses restes ont été renvoyés à son épouse. Sally, effondrée de douleur, a été incapable de fournir une sépulture décente au corps de son époux. Elle abandonna le corps sur le lit conjugal ,ferma porte et fenêtres et quitta définitivement la maison de bois pour trouver refuge chez son frère.
On raconte que personne ne pénétra dans la maison où le corps de John Colter reposait. Malgré les années qui passaient et réduisaient la cabane petit à petit en ruines, il y avait un tel respect que quiconque n’aurait osé venir le déranger dans son dernier sommeil.
C’est 114 années plus tard, en 1926, que le terrain sur lequel s’élevait jadis la ferme de Colter fut dégagé et fouillé. On y retrouva ses os, ainsi qu'une pochette en cuir sur laquelle était peint son nom. Ses restes furent alors rassemblés et enterrés sur une falaise à New Haven qui surplombe le Missouri. Une pierre tombale toute simple fut posée. Elle ne porte pas d’épitaphe. Pour ma part, j’aurai bien écrit, en souvenir de la course folle qui lui avait sauvé la vie ‘Ici repose l’homme qui incarne ceux qui furent les véritables découvreurs de l’ouest, les COUREURS DES BOIS ».

Je tiens en partie cette histoire d’un texte que rédigea en 1913 Addison Erwin Sheldon, et du site Legends Of America. Pas mal de bouquins consacrés à cet homme extraordinaire ont été écrits : par Burton Harris sous le titre « John Colter, 8 years in the Rockies (Lincoln: University of Nebraska Press, 1933) par Burton Harris.

Plus récemment, « John Colter: The Legend of the First Mountain Man” par Don Amiet ou encore « Colter’s Run » par Stephen T.Gough a été édité par Stoneydale Press Publishing Co.
Et enfin, l’une de ses arrière arrière petite fille, Lillian Ruth Colter-Frick, a écrit « Courageous Colter and Companions »

Mais que je sache, aucun ouvrage sur le sujet n’a été publié en France. Ce qui est quand même regrettable. Sous prétexte que les terres sont américaines, notre intérêt pour ces lieux et cette époque, et plus grave encore, l’enseignement institutionnalisé dédaignent totalement l’histoire de la Louisiane alors qu’il s’agissait d’une terre française. On oublie trop souvent que toute cette partie de l’ouest américain – mais aussi canadien- a été sillonnée par des trappeurs français, ce qui explique notamment le nombre de lieux aux ascendances bien de chez nous. Il est probable que l’expédition de Lewis et Clark n’aurait jamais été menée à bien sans l’apport des guides et chasseurs français. Je considère même que l’histoire de ces lieux est une parabole sur l’affrontement de deux types de sociétés. D’un côté, les français, immergés dans la nature, intégrés en grande partie dans les tribus indiennes, en grande symbiose avec l’environnement et finalement s’en contentant. De l’autre côté, les anglais, et cette volonté de tout plier à leur volonté, de tout régenter, de tout exploiter. Si la France equinoxiale s’était fondue dans l’Amérique, c’est au contraire l’Amérique qui s’est diluée dans l’Angleterre.


Publié à 00:27, le 19/06/2012,
Mots clefs :


Jour 7 : Cody - Yellowstone


Bon, Ok, j'ai du retard. Miais frnchement je n'y suis pour rien. Car nous sommes actuellement dans un autre monde qui n'a aucune idée des contingences d'un Geek. Alors, franchement internet ici, connait pas ! Mais revenons en à nos bécanes.

CODY. Petit souci dès le matin, on ne veut pas nous servir le petit déjeuner. Il s'avère que, contrairement à ce qu'on nous avait dit la veille, nous ne devions pas le prendre dans une salle mais dans une autre. Encore une fois, un problème de communication entre membres du personnel de la même entreprise.... Puis c'est le départ pour Yellowstone. Temps magnifique, on s'est quand même habillé chaudement car c'est aujourd'hui que nous subirons les températures les plus froides, afin de rejoindre le parc du Yellowstone en passant des cols à plus de 3000 mètres.

Mais pour l'instant, dans la Soshone National Forest, tout va bien. Cette forêt a été la première à avoir été classée en 1891. Nous avons emprunté la belle route nommée « Chief Joseph scenic highway » qui n'a pas la splendeur de celle d'hier. Elle présente toutefois quelques curiosités comme le camp de chasse de Cody où il reçut Albert 1er de Monaco en septembre 1913, ou encore ces mines abandonnées sur le flanc des canyons.

Moi qui croyait qu’on ne pénètrerait pas dans le Montana, je me trompais. Un peu avant d’arriver à Cooke City, nous franchissons la frontière. En fait nous n’allons guère nous en éloigner. Mais enfin, peu importe, nous foulons – ou plutôt, nous roulons sur – la terre du Montana ; un état cher à mon coeur grâce, en particulier, aux ouvrages de Jim Harrison et de l'école littéraire de Missoula.

Et maintenant place à la montagne, la haute montagne. Nous allons assez brutalement monter à près de 3000 mètres, cotoyer la neige éternelle, apfès s'être cru au coeur des Alpes suisses.

Nous sommes soulagès lorsque la descente s'amorce, car force est de reconnatre que malgré notre équipement en épaisses pelures d'oignon, nous avons froids.

La petite ville de Cooke city est la « Silver Gate » du Yellowstone, à quelques miles de l'entrée nord du parc. Un village montagnard, au cœur des montagnes dont, comme disent les brochures, certains « sommets frôlent les nuages, piqués de petits lacs d'altitude ». C'est ici que nous déjeunerons, vraiment bien. Il est vrai que notre serveuse est française, qu'elle est fiancée au fils du patron et qu'elle intervient en cuisine. En entrée une pissaladière et en plat une excellente entrecôte avec de la …. ratatouille. Ca fait du bien, d'autant qu'en prime, il servait de vrais expressos

Et c'est reparti, après avoir enlevé la première couche de la pelure d'oignon. Du moins pour certains ! Passée la « Silver Gate », nous sommes à nouveau dans le Wyoming. Nous pénétrons enfin dans le parc de Yellowstone.

Il a été le premier à avoir été créé au Monde, et qui par là-même repoussait les dernières tribus indiennes venant y chasser vers d’autres lieux. Après avoir souffert de l’intrusion des trappeurs, des éleveurs, des mineurs, ce sont les touristes qui les contraignaient à s’enterrer dans des réserves. On organisa même les premiers tours opérator, en diligence !  Leur descente aux enfers n’est d’ailleurs pas terminée. Aujourd’hui les pétroliers s’intéressent de très près à leurs derniers ghettos.

Tout commença en 1870, lorsqu’une mission d'exploration de l'Armée, de retour de Yellowstone, réussit à convaincre le Congrès que le site était constitué d’un écosystème unique au monde par la variété et la richesse des mondes végétal, minéral et animal.

Deux ans plus tard, le parc était créé. Chose étonnante : à la même époque on détruisait tout dans l’exploitation des richesses naturelles du pays, réduisant indiens et bisons à l’état d’os blanchis par le soleil, forêts de grand nord de l’ouest à l’état de cendres ou de rondins pour la construction, collines et rivières en vastes cloaques de boue.

Dix ans plus tard,  les visiteurs, affluèrent par milliers grâce au chemin de fer de la compagnie Northern Pacific. Aujourd'hui, Yellowstone accueille plus de deux millions de personnes par an. Mais heureusement, ils se limitent aux quelques aménagements réalisés autour des routes et chemins, ignorant que la majeure partie est restée aussi sauvage qu'au temps de sa découverte.


Si le parc de Yellowstone est situé essentiellement dans le Wyoming, il déborde également au nord dans le Montana et à l’ouest sur l'Idaho. C’est l'une des plus somptueuses merveilles du monde naturel et de façon quasi divine, l’une des plus terrifiantes car elle promet l’un des plus inéluctables et monstrueux cataclysmes promis à la terre. Sous nos pieds, probablement le plus grand volcan actif du monde, dont la dernière éruption remonte à un peu plus de 600.000 ans. La BBC diffusa il y a une dizaine d’année un documentaire sur les super volcans en affirmant qu’en cas d’éruption ceux-ci détruiraient non pas une région mais un continent. Il affirmait notamment que le Yellowstone est bien un super volcan et qu’il devrait exploser prochainement en effaçant immédiatement toute vie sur la moitié du continent nord-américain, et conduisant à.l'extinction de la civilisation humaine par ses effets sur le climat. Voir sur ce sujet, quelque peu brûlant, ce site ici.

Certains affirment qu’une nouvelle explosion devrait avoir lieu cette année ou l’année prochaine. Ne surtout pas faire de bruit, ne le dérangeons pas, qu’il se repose au moins jusqu’à notre retour en France ! Quoique, ne vaut-il pas mieux disparaître brutalement plutôt que de subir l’épouvantable sort des personnages du roman « La Route » de Cormac McCarthy ?

Pour l'instant, nous n'y songeons pas, accaparés par la vison de sites réellement grandioses et les innombrables apparitions d'animaux sauvages, essentiellement des bisons qui semblent pulluler dans le secteur. Je tenterai pour ce séjour dans le parc d'être moins bavard - un reproche que l'on m'adresse régulièrement - et de laisser parler les images.

Arrivée au YELLOWSTONE LAKE, où nous nous installons dans des bungalows style militaire côté cour, mais très confortables côté chambre. Puis, sans attendre, laissant Lorenzo attendre les derniers retardataires, nous enfourchons les motos pour partir à la découverte du Parc.

Nous avons choisi le Canyon, choix fait en particulier pour sa chute d'eau impressionnante.

En 1871, William Henry Jackson, un très grand photographe américain s'était donné la peine de venir ici, attiré par l'enthousiasme des voyageurs relatant la magnifiscience de ce cours d'eau. Je ne sais pas si il a réalisé une prise de vue des chuttes. Par contre, je connais l'une de ses photos représentant la Yellowstone River en amaont des chutes

Au retour, sans m'en rendre compte, je me trompe de route. Bien m'en a pris. Sur le contrebas de la route, j'aperçois un ours, qui s'avère être un grizzly. Séance photos et puis je continue la route pour faire demi-tour quelques centaines de mètres plus loin.

En repassant à l'endroit où rodait l'ours, quel étonnement de déjà trouver sur les lieux un ranger. Comment a-t-il pu être prévenu ? Côté touristes par contre, il a suffit qu'ils nous voient nous arrêter sur le bord de la route pour qu'aussitôt la bande annonce soit diffusée à une très large audience.


Tiens donc, ce soir pas de réseau ! La MAJ du blog attendra après-demain. Et oui, demain, journée totalement consacrée au YELLOWSTONE !


 

JOUR SUIVANT          JOUR PRECEDENT


Publié à 04:58, le 17/06/2012, Yellowstone National Park
Mots clefs :


{ Page précédente } { Page 1 sur 3 } { Page suivante }

Qui suis-je ?

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Amis
Album photos

Mes albums

La carte des lieux visités



Mots clés

Rubriques


Derniers articles

Jour10 : Jackson - Salt Lake City
Jour 9 : Yellowstone - Jackson
Jour 8 : Yellowstone
Anecdote : de chasseur à gibier
Jour 7 : Cody - Yellowstone

Sites favoris


Amis


Newsletter

Saisissez votre adresse email